--
(Don Juan :) " Notre condition d'homme implique qu'il faut que nous apprenions, pour le meilleur ou pour le pire. J'ai appris à voir, et je te déclare que rien n'est réellement important. [...] Un homme de connaissance vit en agissant, et non en pensant à agir, et encore moins en pensant à ce qu'il pensera lorsqu'il aura fini d'agir. Un homme de connaissance choisit un chemin-qui-a-du-coeur et le suit. Alors il regarde, se réjouit, et rit. Puis il voit et sait. Il sait que sa vie se terminera bien trop tôt. Il sait qu'il ne va nulle part, comme tous les autres. Il sait, parce qu'il voit, que rien n'est plus important qu'autre chose. Autrement dit, l'homme de connaissance n'a ni honneur, ni dignité, ni famille, ni nom, ni patrie, mais seulement une vie à vivre, et dans de telles circonstances son seul lien avec ses semblables est sa folie contrôlée. Par conséquent un homme de connaissance entreprend, sue, s'essouffle, et, aux yeux de tous il ressemble à n'importe quel homme. Mais il s'en différencie parce qu'il contrôle la folie de sa vie. Rien n'étant plus important que n'importe quoi d'autre, un homme de connaissance choisit n'importe quelle action, et la réalise comme si elle lui importait. Sa folie contrôlée lui fait dire qu'il attache de l'importance à ce qu'il fait, le fait agir comme si chaque action en avait vraiment, et cependant il sait qu'elle n'en a pas. Ainsi lorsqu'il a accompli ses actions, il se retire en paix. Que ses actions aient été bonnes ou mauvaises, réussies ou non, ne le concerne en aucune façon.
" D'ailleurs, un homme de connaissance peut choisir de demeurer totalement impassible, de ne jamais agir, et de se conduire comme si le fait d'être impassible avait pour lui réellement de l'importance; cette attitude sera sincèrement vraie, parce qu'elle sera aussi sa folie contrôlée. " Voir, p. 113-114